Couverture pour La Rage de l'expression

Ponge, La rage de l’expression
Éléments de contexte




Le vrai point de départ pour comprendre la poésie de Ponge, c’est son rejet de la poésie lyrique : cette poésie appréciée des romantiques, où le poète chante ses émotions à la première personne. Lui, il appelle ça le ronron poétique :
Quant à moi, le moindre soupçon de ronron poétique m'avertit seulement que je rentre dans le manège, et provoque mon coup de reins pour en sortir.
Ponge, La rage de l’expression, « Berges de la Loire », 1952.

Ponge fait alors quelque chose de stupéfiant : il s’intéresse plutôt aux objets eux-mêmes, débarrassés de la subjectivité du poète. C’est ce qu’il fait dans son premier recueil Le parti pris des choses en 1942.

Mais bientôt, cela le conduit à une véritable crise du langage : quels sont les mots justes pour exprimer l’objet, devenu sujet poétique ? Cette difficulté, parfois désespérante, c’est ce que Ponge appelle « la rage de l’expression », titre du recueil qu’il publiera en 1952.

On trouve une trace de cette émotion, un orgueil mêlé de colère et de détermination, notamment quand il décrit les œillets :
Ces œillets défient le langage. Je n'aurai de cesse avant d'avoir assemblé quelques mots [...] desquels l'on doive s'écrier : [...] c'est de quelque chose comme un œillet qu'il s'agit. [...] Pour moi c'est [...] un engagement, une colère, une affaire d'amour-propre et voilà tout.
Francis Ponge, La Rage de l’expression, « L’œillet », 1952.

Dans cette quête, Ponge délaisse les romantiques pour s'inspirer des poètes antiques comme Lucrèce ou classiques comme La Fontaine, qui donnent la parole aux choses, aux animaux, dans une langue claire et précise.

Comme point de départ, Ponge utilise le dictionnaire, et notamment le Littré. Il cherche à comprendre comment la chose et le mot s’imbriquent, par la forme, par le son. Il se corrige constamment pour trouver l'expression parfaite.

C’est alors que survient la prise de conscience fondamentale de Ponge : et si tout le processus permettant de faire émerger l’expression juste, faisait légitimement partie du poème ?

Ponge tient alors un journal poétique, avec des esquisses, des planches préparatoires… Il juxtapose des essais, des variantes. En un mot : il nous fait entrer dans l’atelier du poète.

En fait, en faisant cela, il s’inspire de ce que font les peintres ouvrant leurs propres ateliers. Ponge admire Cézanne qui géométrise les objets et les paysages pour leur donner une profondeur inédite…

Ponge fréquente les cubistes et se lie notamment d’amitié avec Georges Braque, qui abandonne les lois de la perspective pour mieux explorer simultanément toutes les faces d’un objet. C’est une démarche que Ponge applique dans sa poésie.

D’une certaine manière, Ponge participe à la grande révolution de l’art moderne, qui considère que la dimension artistique d’une œuvre ne dépend pas de l’artiste, mais du spectateur qui décide ou non d’y voir une œuvre d’art. À ce sujet, l’œuvre de Marcel Duchamp est emblématique.

Chez Ponge, cette réflexion a une dimension philosophique profonde : le sens que l’on donne à la réalité n’est jamais donné à l’avance, c’est le fruit d’une conquête acharnée.

Cela rejoint les idées que développent les philosophes existentialistes. La poésie de Ponge attire l'attention de Sartre, qui écrit d’ailleurs un article sur Le Parti pris des choses.

Mais Ponge se sent plus proche de Camus, et de sa vision de l’absurde : la condition humaine ressemble au supplice de Sisyphe, personnage de la mythologie grecque, condamné à rouler son rocher éternellement au sommet d’une montagne.

Dans cette situation, notre Histoire est toujours inachevée, et l’homme doit lui-même donner du sens à ses actes : il devient responsable de son engagement politique. Ponge considère ainsi sa propre poésie comme un acte politique, voire révolutionnaire.

Pourquoi ? Parce qu’en donnant la parole aux choses les plus humbles, il nous oblige à changer de regard, il bouleverse notre rapport au monde, ce qui nous permettra ensuite de le changer :
…La naissance au monde humain des choses les plus simples, leur prise de possession par l’esprit de l’homme [...] : voilà mon but poétique et politique.
Francis Ponge, La Rage de l’Expression, « Le Carnet du Bois de Pin », 1952.



Photographie de Ponge à son bureau.

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