Jean de La Bruyère, Les Caractères
5 éléments de contexte
La Bruyère, personnage plutôt discret et respectueux de l’ordre établi, a pourtant réalisé avec Les Caractères une œuvre audacieuse. Pour se rendre compte de cela, je propose qu’on remonte le temps pour découvrir le contexte.
🗝️ L’œuvre d’un observateur de la société
1645 : La Bruyère naît à Paris, issu d’une petite bourgeoisie, il n’est pas spécialement destiné à fréquenter l’aristocratie… Alors que ses études le conduisaient à devenir avocat, suite à un héritage, il achète une charge de « trésorier de France » qui lui apporte un titre de noblesse.
En 1684, son ami Bossuet le recommande auprès du Grand Condé, cousin du roi : La Bruyère devient le précepteur du petit-fils de ce haut personnage : le jeune duc de Bourbon.
La Bruyère est alors plongé dans l’univers de la haute noblesse. À l’hôtel de Condé à Paris, au château de Chantilly, et également à Versailles, il est parfaitement bien placé pour observer les mœurs de la cour.
La cour ne rend pas content, elle empêche qu’on le soit ailleurs.
1686 : Son élève se marie, et son employeur, le Grand Condé, meurt. Mais La Bruyère reste au service de cette famille, en tant que secrétaire et bibliothécaire.
La Bruyère a donc observé les contradictions de cette société toute sa vie : sans être révolutionnaire (il ne remet pas en cause les privilèges de la noblesse) il n’est pas neutre non plus. Son regard est celui d’un moraliste indigné par les jeux d’intérêts.
Les passions tyrannisent l’homme ; et l’ambition suspend en lui les autres passions, et lui donne un temps les apparences de toutes les vertus.
🗝️ Une œuvre de moraliste
Les détracteurs de La Bruyère lui ont souvent reproché d’être incapable de construire un raisonnement, parce qu’il a toujours favorisé la forme brève… Pourtant, Les Caractères proposent bien un parcours qui nous amène progressivement jusqu’aux plus hautes sphères de la société.
Et la forme brève est audacieuse, car elle est percutante ; tout l’art de La Bruyère se trouve dans ces formules lapidaires, qui égratignent à la fois les Grands, et ceux qui les flattent.
On loue les Grands pour marquer qu’on les voit de près, rarement par estime ou par gratitude.
Sa démarche est d’ailleurs comparable à celle de La Rochefoucauld qui écrit des maximes, ou La Fontaine qui prétend traduire Ésope avec liberté. La Bruyère de son côté affirme poursuivre l’œuvre de Théophraste, un philosophe grec :
Les hommes n’ont point changé [...] ils sont encore tels [...] qu’ils sont marqués dans Théophraste : vains, dissimulés, flatteurs, intéressés, [...] médisants...
À la fin du XVIIe siècle, surgit un débat important : la querelle des Anciens et des Modernes. Certains écrivains comme Perrault, Fontenelle ou Molière, défendent que l’on peut s’inspirer des écrivains de l’antiquité pour les dépasser.
La Bruyère se range du côté des Anciens, avec d’autres auteurs comme Bossuet, Boileau, Racine et La Fontaine. Pour ceux-là, on peut imiter les écrivains antiques, mais jamais les égaler…
Sur ce qui concerne les mœurs, le plus beau et le meilleur est enlevé ; l’on ne fait que glaner après les Anciens.
🗝️ Une œuvre à succès
La Bruyère a commencé à écrire Les Caractères en 1670. Quand il publie cet ouvrage en 1687, c’est un succès immédiat : il faut le réimprimer tout de suite !
Après cette première publication, La Bruyère continue d’enrichir son ouvrage, avec de nouveaux portraits inédits à partir de la 4e édition. L’œuvre sera rééditée 8 fois, jusqu’à sa mort en 1696.
À travers ces portraits, il n’hésite pas à se moquer des Modernes, qui lui rendent ses attaques dans une revue Le Mercure galant. Quand il entre à l’Académie française en 1693, il fait l’éloge des Anciens, et met Racine au-dessus de Corneille…
Le succès des Caractères tient notamment au fait que les lecteurs de l’époque reconnaissent des contemporains dans ces portraits, par exemple Fontenelle dans le personnage de Cydias.
Cydias [...] n’ouvre la bouche que pour contredire : « Il me semble, dit-il gracieusement, que c’est tout le contraire de ce que vous dites… »
On voit bien cependant à travers cet exemple que ce qui fait le plaisir de lecture des Caractères aujourd’hui, c’est qu’on y reconnaît des types humains intemporels…
Theophrastus.
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