Couverture pour Gargantua

Rabelais, Gargantua
3 citations expliquées




Voici trois citations idĂ©ales pour une dissertation sur Gargantua. Je te propose qu’on les analyse ensemble en gardant Ă  l’esprit l’idĂ©e que dans ce roman le rire participe au savoir


PremiĂšre citation : le prologue



C’est pourquoi il faut ouvrir le livre, et soigneusement en Ă©valuer le contenu. Vous saurez alors que la substance qu’il contient est d’une bien autre valeur que ce qu’en promettait la boĂźte. Je veux dire que les matiĂšres traitĂ©es ici ne sont pas si frivoles que le titre posĂ© dessus ne le laissait entendre.

đŸ—ïž La premiĂšre citation se trouve Ă  la fin du prologue, comme une petite conclusion avec le lien de consĂ©quence : « c’est pourquoi il faut ouvrir le livre et soigneusement en Ă©valuer le contenu Â». C’est une recommandation amicale pour notre lecture


Rabelais se fait passer pour un narrateur maladroit, Alcofribas Nasier. Il s’adresse Ă  nous Ă  la 2e personne : « vous saurez Â»â€Š De maniĂšre un peu maladroite, en se corrigeant « je veux dire Â». Il instaure une complicitĂ© qui nous prĂ©pare dĂ©jĂ  Ă  rire.

Le narrateur nous dit qu’il ne faut pas nous fier au « titre Â» : En effet, le vĂ©ritable titre du roman est « La Vie trĂšs horrifique du grand Gargantua, pĂšre de Pantagruel, jadis composĂ© par M. Alcofribas. Â»

Ce titre peut sembler « frivole Â» contrairement au « contenu Â», ce qu’il « contient Â», l’auteur insiste sur cette idĂ©e de contenance : il nous incite Ă  aller plus loin que les apparences, Ă  approfondir.

Dans ce prologue, Rabelais file la mĂ©taphore du SilĂšne : ces « boĂźtes Â» oĂč les antiquaires conservent des « substances Â» de « valeur Â». Elles ressemblent Ă  SilĂšne, le prĂ©cepteur trĂšs laid de Dionysos (Dieu du vin et de la fĂȘte) et comme elles, notre livre contient des « matiĂšres Â» que nous allons boire et savourer


DeuxiĂšme citation : la naissance



SitĂŽt qu'il fut nĂ©, il ne cria pas comme les autres enfants : « Mie ! mie ! Â», mais il s'Ă©criait Ă  haute voix : « Ă€ boire ! Ă  boire ! Ă  boire ! Â» comme s'il avait invitĂ© tout le monde Ă  boire.

đŸ—ïž Ce sont les premiers mots de Gargantua : « Ă  boire ! Ă  boire ! Â» : c’est un enfant « pas comme les autres Â». En Ancien français, on utilise « Mie Â» comme un adverbe de nĂ©gation, pour dire « pas une miette Â» : « il ne mange mie Â» par exemple


Au contraire, Gargantua est dans l’affirmation, il rĂ©clame « Ă  boire Â» : il a soif non pas d’alcool, mais de savoir. En cette Ă©poque trĂšs religieuse, on pense au vin de la communion (la vĂ©ritĂ© et le savoir rapprochent de dieu). C’est le jeu de mots de FrĂšre Jean : le service du vin Ă©voque le service divin.

En plus, Gargantua « invite tout le monde Â» : cela reprĂ©sente une conviction que Rabelais partage avec un mouvement dit ÉvangĂ©liste : chacun doit avoir le droit de lire directement les textes sacrĂ©s, sans intermĂ©diaire. En cela, Rabelais s’oppose Ă  des autoritĂ©s religieuses dont il se moque dans son roman.

TroisiĂšme citation : l’éducation



On lui recommanda un grand docteur sophiste, nommĂ© MaĂźtre Thubal Holoferne, qui lui apprit si bien son abĂ©cĂ©daire qu'il le rĂ©citait par cƓur, Ă  l'envers, ce qui lui prit cinq ans et trois mois. [...] Alors, son pĂšre put voir que, sans aucun doute, il Ă©tudiait trĂšs bien et y consacrait tout son temps ; malgrĂ© tout, il ne progressait en rien et, pire encore, il en devenait fou, niais, tout rĂȘveur et radoteur.

đŸ—ïž À travers ce « MaĂźtre Thubal Holoferne Â» qui sera suivi par « Jobelin BridĂ© Â», Rabelais se moque de ces « sophistes Â», qui suivent la mĂ©thode scolastique du Moyen Âge. Ici, le rire devient satirique, il passe par l’ironie : ce « grand docteur sophiste Â» ne lui « apprend si bien Â» que des choses inutiles.

Regardons cela de plus prĂšs : c’est une vĂ©ritable gradation vers le pire ! Gargantua n’apprend qu’un « abĂ©cĂ©daire Â», qu’il connaĂźt « par cƓur, Ă  l’envers Â». Il n’a donc pas lu un seul vrai livre en « cinq ans Â». Le lien d’opposition « malgrĂ© tout Â» souligne bien l’écart entre les efforts et les rĂ©sultats


Grandgousier, le « pĂšre Â» de Gargantua, voit bien que son fils perd « tout son temps Â» et « ne progresse pas Â». On retrouve la mĂȘme logique d’aggravation « pire encore, il devenait fou, niais, tout rĂȘveur et radoteur Â» (qui rĂ©pĂšte les mĂȘmes choses mĂ©caniquement). Dans certaines traductions, on a mĂȘme l’adjectif « assoti Â» : le jeune gĂ©ant perd son intelligence.

Grandgousier va donc lui donner un autre précepteur, Ponocrates, qui mettra en place une éducation humaniste plus respectueuse des capacités de son élÚve.




Jules Garnier, Jobelin Bridé chassé par Grandgousier, 1897.

⇹ * RABELAIS, đ˜Žđ˜ąđ˜łđ˜šđ˜ąđ˜Żđ˜”đ˜¶đ˜ą 💟 3 citations analysĂ©es (fiche PDF tĂ©lĂ©chargeable) *

   * Document téléchargeable réservé aux abonnés.