Mme de La Fayette,
La Princesse de Clèves
Résumé-analyse du Tome 1
Toute l’œuvre de Mme de La Fayette a d’abord été publiée de manière anonyme, pourquoi ? Au XVIIe siècle, quand on est une femme de la noblesse, on ne signe que des Mémoires ou des Correspondances. Ou à la rigueur, des genres considérés comme nobles : le grand roman pastoral et précieux.
Mais, La Princesse de Clèves est probablement le résultat d’une collaboration : cela se fait beaucoup à l’époque. On sait que Mme de La Fayette a travaillé avec La Rochefoucauld, Segrais ou Huet. D’ailleurs, trouver l’auteur d’un ouvrage est une petite devinette de salon. Mme de La Fayette se défend même avec malice :
Un petit livre qui a couru il y a quinze ans et où il plut au public de me donner part, a fait qu’on m’en donne encore à la Princesse de Clèves. Mais je vous assure que je n’y en ai aucune [...] Je suis flattée que l’on me soupçonne et je crois que j’avouerais le livre si j’étais assurée que l’auteur ne vînt jamais me le redemander. Je le trouve très agréable, bien écrit sans être extrêmement châtié, plein de choses d’une délicatesse admirable.
Mme de La Fayette, Lettre au chevalier de Lescheraine, 13 avril 1678.
Le roman est divisé en 4 tomes : c’est une décision de l’éditeur de l’époque, pas de l’auteur. Mais je vais me baser sur cette division pour mes 4 vidéos, que vous retrouverez facilement sur mon site : www.mediaclasse.fr ! Mais pour mieux vous guider, je vais ajouter des sous-parties, qu’on ne trouve pas dans le livre.
1. La cour des Valois
Dans les premières pages du roman, Madame de La Fayette présente la cour itinérante d’Henri II en France en 1558. Mais elle-même écrit en 1678, plus d’un siècle plus tard ! Elle s’inspire de ce qu’elle connaît : la cour de Louis XIV, après les événements de la fronde. Vous verrez que dans ce roman, les lieux ont une dimension symbolique. Pour ceux que ça intéresse, je développe ce cadre historique, dans mes vidéos d’Histoire Littéraire sur le XVIIe siècle.
La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. [...] Jamais cour n’a eu tant de belles personnes et d’hommes admirablement bien faits.
Les premières pages sont difficiles à lire, car Madame de La Fayette énumère beaucoup de personnages historiques, mais vous allez voir, quand on prend un peu de recul on trouve alors une savoureuse satire de la cour, où les enjeux de pouvoir sont mêlés à des histoires d’amour et de haine : déjà les passions se révèlent dangereuses voire destructrices.
C'étaient tous les jours des parties de chasse et de paume, des ballets, [...] ou de semblables divertissements [...] L'ambition et la galanterie étaient l'âme de cette cour, et occupaient également les hommes et les femmes. [...] L'amour était toujours mêlé aux affaires, et les affaires à l'amour. [...] Une sorte d'agitation sans désordre [...] la rendait très agréable, mais aussi très dangereuse pour une jeune personne.
Ces exemples de divertissements proviennent des Pensées de Pascal qui ont beaucoup influencé Mme de La Fayette. Pascal (comme Racine) a été élevé chez les Jansénistes à Port-Royal qui soutiennent la théologie augustinienne de Cornélius Jansen. Pour eux, seule la grâce divine sauve certains individus exceptionnels des passions, du mensonge, du péché. Je développe tout ça dans une vidéo sur l’influence du Jansénisme dans la littérature du XVIIe siècle.
Dans Les Pensées de Pascal, on retrouve cette conception du monde très sombre accompagnée d’une morale sévère. Voici une pensée qui pourrait bien annoncer le dénouement du roman :
Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. [...] On ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.
Pascal, Les Pensées, 1670.
2. La famille royale
Le roi, c’est Henri II, fils de François Ier. Il est devenu roi parce que son frère aîné, l’ancien dauphin (c’est comme ça qu’on appelle le prince appelé à régner) est mort à Tournon. On comprend par la suite qu’il a certainement été empoisonné...
Henri II est amoureux de Diane de Poitiers, la duchesse de Valentinois. La Fayette se moque de cette favorite, qui utilise ses charmes pour manipuler le roi.
Elle paraissait elle-même avec tous les ajustements que pouvait avoir Mlle de la Marck, sa petite-fille, qui était alors à marier.
La reine, Catherine de Médicis, est obligée de tolérer la duchesse de Valentinois, mais en réalité, elle la déteste. En nous montrant les enjeux de pouvoir, Mme de La Fayette nous aide à voir au-delà des apparences et des mensonges. Avec Henri II, ils ont neuf enfants. Le fils aîné, le dauphin, est marié à Marie Stuart, reine d’Écosse, qu’on appelle donc la reine dauphine. Vous verrez qu’elle aura un rôle important dans le roman.
3. Les familles rivales
On trouve aussi en germe les rivalités des guerres de religion imminentes. Côté protestant, le prince de Condé et son frère, le Roi de Navarre (qui sera le père d’Henri IV). Côté catholique, le chevalier de Guise, ses frères (le cardinal de Lorraine et le duc d’Aumale) et sa sœur, Marie de Guise, qui est la mère de Marie Stuart. Hé oui, la dauphine est donc la nièce des de Guise !
D’ailleurs, petite parenthèse historique : pour les Catholiques, c’était elle l’héritière du trône d’Angleterre, ce qui explique pourquoi elle a été exécutée par Élisabeth Ière en 1587.
Mais ce côté catholique est lui-même divisé, car, au clan de Guise s’oppose la famille de Montmorency : le duc de Montmorency est connétable, c’est à dire, chef des armées. Pour s’allier avec la duchesse de Valentinois, il souhaite marier son fils, le comte d’Anville, à Mademoiselle de Marck. Mais il y a une complication : d’Anville est désespérément amoureux de la reine dauphine...
Dans ces conflits, le seul qui ne prend pas position, c’est le maréchal de Saint-André, car il est favorisé par le roi.
4. Les personnages principaux
On se tourne maintenant vers les personnages principaux du roman, moins conformes à la réalité historique. Le duc de Nevers a plusieurs enfants, et notamment le Prince de Clèves :
Il était brave et magnifique, et il avait une prudence qui ne se trouve guère avec la jeunesse.
Le duc de Nemours est un autre gentilhomme très apprécié :
Ce prince était un chef-d'œuvre de la nature [...] Ce qui le mettait au-dessus des autres était une valeur incomparable, et un agrément dans son esprit, dans son visage et dans ses actions, que l'on n'a jamais vu qu'à lui seul.
Ce sont des personnages d’exception, inimitables, qui annoncent des actions extraordinaires. En même temps, ces portraits idéalisés illustrent et schématisent les valeurs que l’on discute dans les salons au XVIIe siècle : quelles sont les qualités de l’honnête homme ?
Mme de La Fayette fréquentait les Salons, notamment celui de Mme de Rambouillet, où on lisait des passages de romans précieux. Ainsi, les discussions mondaines et la littérature précieuse se nourrissent réciproquement. Bien sûr on est loin ici des romans fleuves d’Urfé ou de Scudéry, mais on retrouve cette influence de la préciosité.
Bref, le duc de Nemours a une telle renommée que la jeune et belle Elizabeth Ière d’Angleterre veut l’épouser, mais il ne semble pas pressé de partir en Angleterre.
Enfin, M. de Nemours est un grand ami du vidame de Chartres, dont la soeur, Mme de Chartres, a une fille, Mlle de Chartres : c’est elle qui deviendra la princesse de Clèves ! On peut dire que le roman commence avec son arrivée à la cour, au mois de novembre, c'est-à-dire, en plein hiver.
5. Arrivée de Mlle de Chartres à la cour
Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l'on doit croire que c'était une beauté parfaite, puisqu'elle donna de l'admiration dans un lieu où l'on était si accoutumé à voir de belles personnes.
Mme de Clèves est aussi un personnage d’exception. Son portrait est idéalisé, esquissé en quelques traits simples, comme dans la tradition des chansons de geste. Notre roman est en effet nourri de traditions littéraires variées.
La blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l'on n'a jamais vu qu'à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins de grâce et de charmes.
La simplicité de ce portrait renforce par contraste la psychologie du personnage, et ce qui fait le cœur du récit : son évolution morale. Ainsi, Mme de La Fayette décrit longuement l’éducation que Mme de Chartres a donné à sa fille :
Madame de Chartres [...] faisait souvent à sa fille des peintures de l'amour ; elle lui montrait ce qu'il a d'agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu'elle lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait le peu de sincérité des hommes, [...] et d'un autre côté, quelle tranquillité suivait la vie d'une honnête femme.
La première scène importante, c’est la rencontre du prince de Clèves et Mlle de Chartres, chez un bijoutier italien, pour « assortir des pierreries » dit-on. Bien souvent, les attitudes et les jeux de regard des personnages en disent plus que les mots :
Il fut tellement surpris de sa beauté, qu'il ne put cacher sa surprise ; et mademoiselle de Chartres ne put s'empêcher de rougir. [...] Il s'aperçut que ses regards l'embarrassaient, [...] et en effet elle sortit assez promptement. [...] Il conçut pour elle dès ce moment une passion et une estime extraordinaires.
6. Le mariage de Mlle de Chartres
Mais la duchesse de Valentinois a pris en haine le vidame de Chartres qui a un jour refusé une alliance avec une de ses filles. Elle va tout faire pour compliquer le mariage de Mlle de Chartres. Ce rôle donné à Mme de Valentinois fait référence à des genres variés : c’est la méchante marraine des contes de fée, ou encore, c’est la déesse impitoyable qui poursuit le Héros tragique.
D’abord, le chevalier de Guise tombe amoureux d’elle, mais ses frères, et surtout le cardinal de Lorraine, s’opposent fermement à ce mariage. Ensuite, Mme de Chartres pense marier sa fille au prince de Montpensier, mais Mme de Valentinois fait pression sur le roi pour l’en empêcher. Vous savez certainement que Mme de La Fayette a déjà écrit l’histoire de La Princesse de Montpensier en 1662.
Enfin, le duc de Nevers refuse que son fils épouse Mlle de Chartres : mais il meurt, et le prince lui demande alors sa main :
Madame de Chartres reçut la proposition qu'on lui faisait, et elle ne craignit point de donner à sa fille un mari qu'elle ne pût aimer, en lui donnant le prince de Clèves.
Vous allez voir que de temps en temps, la romancière intervient avec lucidité dans la narration. Avec ce subjonctif, elle s’adresse directement à son lecteur en faisant une prolepse : elle annonce la suite du récit. La situation d’origine porte déjà en germe le dénouement final. En effet le prince de Clèves s’aperçoit bien vite que sa femme ne partage pas son amour.
M. DE CLÈVES
— Est-il possible [...] que je puisse n'être pas heureux en vous épousant ? Cependant il est vrai que je ne le suis pas. [...] Je ne touche ni votre inclination ni votre cœur, et ma présence ne vous donne ni de plaisir ni de trouble.
7. La rencontre avec M. de Nemours
C’est maintenant que l’intrigue se noue : au mois de février, c’est la fin de l’hiver ! Une grande fête est organisée au Louvre pour célébrer le mariage du duc de Lorraine avec Claude de France. C’est à cette occasion que la princesse de Clèves et le duc de Nemours se rencontrent.
Elle se tourna, et vit un homme qu'elle crut d'abord ne pouvoir être que monsieur de Nemours [...] Ce prince était fait d'une sorte qu'il était difficile de n'être pas surprise de le voir quand on ne l'avait jamais vu [...] mais il était difficile aussi de voir madame de Clèves pour la première fois, sans avoir un grand étonnement. Monsieur de Nemours [...] ne put s'empêcher de donner des marques de son admiration.
La rencontre avec M. de Nemours est très rapprochée de la première rencontre avec le prince de Clèves : ce premier effet de miroir va nouer l’intrigue autour d’un triangle amoureux qui ne peut pas bien se terminer. Dès le début, Mme de La fayette prépare un dénouement fatal : c’est un trait que le roman emprunte à la tragédie classique.
Mlle de Chartres et M de Nemours dansent ensemble, puis la dauphine vient les voir : est-ce qu’ils se sont reconnus ? Ils n’ont peut-être pas besoin d’être présentés ! Mais la princesse de Clèves se montre toute embarrassée :
LA PRINCESSE DE CLÈVES
— Je vous assure, Madame, [...] que je ne devine pas si bien que vous pensez.
Mme LA DAUPHINE
— Vous devinez fort bien [...] et il y a même quelque chose d'obligeant pour monsieur de Nemours, à ne vouloir pas avouer que vous le connaissez sans l'avoir jamais vu.
C’est la première fois qu’on voit la princesse de Clèves troublée, voire même dissimulatrice. Mais comme souvent, elle est trahie, non par les mots, mais par ses attitudes. Jusqu’ici, elle était sereine et ne comprenait même pas les sentiments de son mari. : comme Agnès dans L’École des Femmes, ces premières émotions marquent le début de son éducation sentimentale.
Quelqu’un d’autre s’aperçoit du trouble de Mme de Clèves :
Le chevalier de Guise, [...] l'adorait toujours, [...] et ce qui se venait de passer lui avait donné une douleur sensible. Il prit comme un présage, que la fortune destinait monsieur de Nemours à être amoureux de madame de Clèves.
M. de Guise subit lui aussi sa propre tragédie, parallèlement à celle des autres personnages, mais cela reste une histoire en arrière plan, qui renforce les traits de l’intrigue principale. On est typiquement dans un contrepoint baroque.
Le soir même, la princesse de Clèves raconte le bal à sa mère :
Elle loua monsieur de Nemours avec un certain air qui donna à madame de Chartres la même pensée qu'avait eue le chevalier de Guise.
Mme de Chartres raconte alors à sa fille la première histoire enchâssée : l’histoire de Diane de Poitiers. Ces histoires ont un rôle, elles sont comme des miroirs, qui éclairent l’intrigue principale. Ici, on voit que la défiance à l’égard des passions et de la jalousie fait partie de l’éducation même que Mme de Chartres donne à sa fille, et va donc préparer ses choix à venir.
8. L’histoire de Diane de Poitiers
Madame de Valentinois devint maîtresse du feu roi peu avant qu’il soit fait prisonnier, mais à son retour d’Espagne, il tomba amoureux de la duchesse d’Étampes. Jamais il n'y eut une si grande haine entre deux femmes. À la mort du fils aîné du roi, qui fut certainement empoisonné à Tournon, Madame de Valentinois se fit aimer du nouveau dauphin ! La duchesse d’Étampes s’allia alors avec son jeune frère, le duc d’Orléans, qui était en plus soutenu par l’Empereur. Le dauphin quant à lui s’allia avec le connétable et parvint à convaincre le roi que l’Empereur était dangereux : les deux armées s’affrontèrent. Mme d’Étampes s’était rendue coupable de trahison : quand le duc d’Orléans et son père moururent, la duchesse de Valentinois devint toute puissante et la chassa. Depuis, le roi a eu bien des sujets de se plaindre d’elle, mais la jalousie, qui est aigre et violente en tous les autres, est douce et modérée en lui par l'extrême respect qu'il a pour sa maîtresse.
MME DE CHARTRES
— Si vous jugez sur les apparences en ce lieu ci, [...] vous serez souvent trompée : ce qui paraît n'est presque jamais la vérité.
9. Le bal du maréchal de Saint-André
Le maréchal de Saint-André organise un bal, mais Nemours ne pourra pas y être, à cause d’un voyage en Flandre. Un soir que Mme de Clèves discute avec la dauphine, arrive le prince de Condé, qui rapporte une discussion qui se déroule chez le roi avec M. de Nemours :
LE PRINCE DE CONDÉ
— L'on dispute contre monsieur de Nemours, Madame. [...] Je crois qu'il a quelque maîtresse qui lui donne de l'inquiétude quand elle est au bal, tant il trouve que c'est une chose fâcheuse pour un amant, [...] de savoir qu'elle y est et de n'y être pas.
Quand la princesse de Clèves entend cela, elle décide intérieurement qu’elle n’ira pas à ce bal. Elle en parle à sa mère, prétextant qu’elle trouve le maréchal de Saint-André trop pressant envers elle. Mme de Chartres trouve l’excuse trop légère, et lui conseille de faire semblant d’être malade.
Avez-vous remarqué la complexité de la situation d’énonciation ? Dans un 1er temps, le prince de Condé rapporte à la dauphine une opinion de Nemours qui tombe dans l’oreille de Mme de Clèves. Dans un 2e temps, la princesse donne des prétextes à sa mère, qui lui conseille de donner de fausses excuses à la cour.
Toute cette mise en scène nous révèle les intentions cachées de l’héroïne, qui trahissent l’évolution de ses sentiments. C’est aussi cette complexité des situations qui les rend aussi unique dans la littérature.
Dans la Princesse de Clèves, les discours ont des sens multiples : selon le contexte et les destinataires, un même message peut être reçu de manières différentes. On reconnaît aussi le thème baroque du theatrum mundi : le monde est un théâtre. À la cour surtout, chacun joue un rôle et se cache derrière un masque.
Le lendemain du bal où Mme de Clèves n’est pas allée, Nemours de retour de voyage en Flandre se rend chez la reine, où se trouvent la dauphine, Mme de Chartres et Mme de Clèves.
Mme LA DAUPHINE
— Vous voilà si belle, que je ne saurais croire que vous ayez été malade. Je pense que [...] l'avis de monsieur de Nemours sur le bal [...] vous a empêchée d'y venir.
Heureusement, Mme de Chartres vient au secours de sa fille :
Mme DE CHARTRES
— Je vous assure, [...] que ma fille [...] était véritablement malade ; mais [...] si je ne l'en eusse empêchée, elle n'eût pas laissé de vous suivre [...] pour avoir le plaisir de voir tout ce qu'il y a eu d'extraordinaire au divertissement d'hier au soir.
Madame de La Fayette prend alors un point de vue omniscient pour révéler ce que pense chacun des personnages :
Madame la dauphine crut ce que disait madame de Chartres, monsieur de Nemours fut bien fâché d'y trouver de l'apparence ; néanmoins la rougeur de madame de Clèves lui fit soupçonner que ce que madame la dauphine avait dit n'était pas entièrement éloigné de la vérité.
Comme Mme de Chartres a deviné les sentiments de sa fille pour M. de Nemours, elle va tenter de la détacher de lui :
Mme DE CHARTRES
— [On le soupçonne] d'avoir une grande passion pour la reine dauphine [...] il y va très souvent, et je [...] suis d'avis [...] que vous alliez un peu moins chez [elle], afin de ne vous pas trouver mêlée dans des aventures de galanterie.
Sous les effets de la jalousie, la princesse de Clèves réalise alors qu’elle éprouve pour Nemours les sentiments qu’elle devrait avoir pour son mari ! Elle décide alors de l’éviter tant que possible. Mais un jour, elle ne peut s’empêcher de demander à la dauphine où en est sa relation avec Nemours :
LA DAUPHINE
— Vous êtes injuste, [...] vous savez que je n'ai rien de caché pour vous. Il est vrai que monsieur de Nemours, [...] a eu, je crois, intention de me laisser entendre qu'il ne me haïssait pas ; mais depuis qu'il est revenu [de Flandre], il ne m'a pas même paru qu'il [s’en] souvînt !
La princesse de Clèves, malgré elle, se sent soulagée d’apprendre que Nemours lui est certainement fidèle. Mais survient alors un nouveau drame : Mme de Chartres tombe gravement malade.
10. La maladie de Mme de Chartres
Mme de Clèves et son mari sont au chevet de Mme de Chartres. M. de Nemours leur rend souvent visite, et en profite pour voir la princesse de Clèves :
Il lui faisait voir combien il prenait d'intérêt à son affliction, et il lui en parlait avec un air si doux [...] qu'il la persuadait aisément que ce n'était pas de madame la dauphine dont il était amoureux.
Mais quand elles se retrouvent seules, Mme de Chartres sur son lit de mort met sa fille en garde contre son inclination pour le duc de Nemours, et lui conseille de quitter la cour :
Mme DE CHARTRES
— Ma fille, [...] le péril où je vous laisse, [...] augmente le déplaisir que j'ai de vous quitter. Vous avez de l'inclination pour monsieur de Nemours ; je ne vous demande point de me l'avouer [...] Ayez de la force et du courage, [...] retirez-vous de la cour, [...] ne craignez point de prendre des partis [...] trop difficiles, [...] ils seront plus doux dans les suites que les malheurs d'une galanterie.
Ces recommandations ont un poids particulier, car ce sont les dernières volontés de Mme de Chartres, qui meurt deux jours plus tard :
Madame de Clèves était dans une affliction extrême ; son mari ne la quittait point, et sitôt que madame de Chartres fut expirée, il l'emmena à la campagne, pour l'éloigner d'un lieu qui ne faisait qu'aigrir sa douleur.
La mort de Mme de Chartres est un tournant pour l’évolution de Mme de Clèves qui doit désormais forger ses propres principes de conduite face au tourment des passions.
Je traite les 4 parties de La Princesse de Clèves dans 4 vidéos différentes sur mon site : www.mediaclasse.fr . Vous pouvez participer pour le prix d’un café ou d’un thé : c’est une somme symbolique, mais c’est le meilleur moyen de garder mon travail accessible et indépendant. Grâce aux participations, pas de publicité, pas d’investisseurs pour imposer une ligne éditoriale : le site reste à vous et à vous seuls.